Les Aventures de Tintin - Le secret de la Licorne

jeudi 24 novembre 2011
par  The Mocking Bird

The Adventures of Tintin : Secret of the Unicorn. Film d’animation américain, réalisé par Steven Spielberg. Avec Jamie Bell, Andy Serkis, Daniel Craig, Nick Frost et Simon Pegg.

Le célèbre reporter Tintin se promène dans les allées d’un marché aux puces lorsqu’il tombe sur la magnifique réplique d’un trois-mats, La Licorne. Alors qu’il vient de l’acquérir, il se fait accoster successivement par deux drôles d’individus voulant lui racheter sa découverte.... Bon la suite, vous connaissez ? Et bien en fait non, pas du tout. Vous connaissez l’œuvre de Hergé "Le Secret de la Licorne" ? Oubliez tout, car sinon, comme moi, vous allez crier à la trahison... Ca commençait bien pourtant. Quelques jolis plans, des petits clins d’œil (Hergé tirant le portrait de Tintin sur le marché aux puces). Et puis tout déraille. L’inconnu qui se fait descendre devant chez Tintin, on s’attend à ce qu’il montre des oiseaux, on s’inquiète de ne pas les voir, et là, le voilà qui épelle le mot Karaboudjan. Hem... Oups, quoi ?!

Tintin fait des recherches sur la Licorne, découvre qu’il y a un rapport avec un certain Haddock, dont l’emblème est un poisson, et dont le chateau familiale, Moulinsart, tombe en ruine... Capturé, Tintin se retrouve à fond de calle sur le Karaboudjan, gros cargo dirigé par le Capitaine Allan et ... un certain Sakharine. Tintin s’échappe et tombe sur un vieux marin bougon totalement saoul : Le Capitaine Haddock.

Vous ne comprenez plus rien ? Ce n’est que le début ! Encore quelques péripéties et ils ne s’embêtent même plus à suivre la moindre bande-dessinée. Pêle-mêle, on nous serre, Les Dupondt, Omar Ben Salaad, La Castafiore, le pickpocket Filoselle, le désert de la soif, un descendant de Rackam le Rouge, un combat de grues... Le tout finit à Moulinsart, dans les caves du chateau où le Capitaine Haddock jouait à cache-cache quand il était gosse...

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Alors bon, a priori, je n’ai rien contre le fait de prendre quelques libertés lorsque l’on adapte une œuvre littéraire. Mais alors quand même, je me pose la question : Pourquoi choisir le diptyque Le Secret de la Licorne - Le Trésor de Rackam le Rouge, si c’est pour zapper complètement tout Le Trésor de Rackam le Rouge ?! Vous espériez voir Tournesol ? Raté. Les Dupondt ok, Haddock ok, mais Tournesol, non ça ferait trop de nouveaux personnages... Tant pis si c’est précisément dans cette histoire qu’il apparait. Et donc, pas de Tournesol, pas de Requin sous-marin. Mais après tout, ça n’a pas d’importance, parce qu’ils ne partent pas à la recherche de l’épave.

Du coup, il faut combler... Alors non seulement ils mélangent La Licorne et le Crabe aux Pinces d’Or, mais comme ça ne suffit pas, ils saupoudrent (lourdement) le tout de péripéties et de cascades de leur cru... Et parce qu’il faut plaire au public américain nourri aux grosses machines hollywoodiennes, ces ajouts ne sont là que pour rajouter une tartine d’actions et de scènes rocambolesques (voir la rupture du barrage...). Servi à la sauce américaine, le souffle de l’aventure devient un ouragan, et perd beaucoup de son charme. Là où les bandes-dessinées nous laissaient savourer chaque moment et chaque rebondissement, ici tout s’enchaine très vite, trop vite.

Même si on oublie l’histoire originale, l’âme même de Tintin, si elle semblait bien là au tout début (disons les 5 premières minutes), elle disparait bien vite pour laisser place à un film d’aventure classique, comme Spielberg les a toujours fait.

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Mais ces nouvelles aventures de Tintin, ce n’est pas juste une relecture de l’histoire du plus célèbre reporter belge. C’est aussi une "révolution" cinématographique. Les précédentes tentatives de transposer Tintin à l’écran, avec de vrais acteurs, s’étaient révélées plutôt hasardeuses... (A part chez Vivel Dop, la houpette, c’est difficile à porter...). Mais le dessin 2D, c’est trop simple, has-been même, à l’époque de la 3D relief... Alors prenons des acteurs, de préférence connus, ça aide à vendre, et mélangeons les à la 3D. Ça s’appelle la Motion-Capture, ou Performance-Capture. En tout cas, c’est très à la mode. Les acteurs sont bardés de capteurs et jouent devant un écran bleu. Un ordinateur reconstitue tous leurs mouvements, toutes leurs expressions et les appliquent à une image de synthèse. Résultat, à l’écran, le personnage ne ressemblent pas du tout à l’acteur mais produit une performance plus vraie que nature. Oui mais voilà, ce que Tintin gagne en finesse, il le perd en style.

Et pour le spectateur ça donne quoi ? Bon on s’y fait, mais ça fait quand même un peu bizarre de voir des personnages à la fois si précisemment dessinés (on distingue chaque cheveu de la houppette de Tintin) mais qui en même temps gardent des traits très caricaturaux - surtout des gros nez.

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Pour ce projet Tintin, Steven Spielberg s’est associé à Peter Jackson. L’idée c’est de faire 3 films. Spielberg a réalisé le premier opus, Jackson réalisera le second (qui a priori devrait être Les 7 Boules de Cristal et Le Temple du Soleil - enfin, plus ou moins...). Et pour conclure en beauté, ils feront le dernier de concert. Et bien, pas sûr qu’on sera de la partie...

En attendant, je m’en vais (re-re-re...)relire Le Secret de la Licorne, le vrai, signé Hergé.


Commentaires

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samedi 26 novembre 2011 à 11h43 - par  The Lecturing Cat

Je me permets de pousser un miaulement de modération, et une fois n’est pas coutume, une ode à la nouveauté. J’ai pour ma part visionné la chose avec mon papa dimanche dernier, et quoique sans doute pas aussi viscéralement fanatique de la bande dessinée que notre Oiseau moqueur — car hors d’Achille Talon, point de salut — moi, pas plus que mon papa d’ailleurs, n’ai pas été choqué d’un attentat à l’esprit Tintin même si des libertés considérables ont été prises. Le reproche d’avoir "zappé" le Trésor de Rackham le Rouge tombe si on s’avise, à en juger de l’intitulé du film, qu’il n’a jamais été officiellement question de l’inclure. Mais les tintinophiles orthodoxes conviendront qu’une adaptation tout à fait conforme aux B.D. existe déjà, c’est celle qui berça nos mardis soirs dans les années 1990 ; nul besoin d’en faire un remake identique, fût-ce en "film" (i.e. non dessin animé, dans ma définition enfantine) ou en 3D (ma première 3D depuis le CP à la Villette en ce qui me concerne) ; et au contraire, le spectateur ouvert sera satisfait de voir des "nouvelles" aventures de Tintin qui ne se ramènent pas entièrement aux épisodes que chacun a lu et relu, sans pour autant verser dans la trahison du "Lac aux requins". Il y a eu bien pire trahison (le dessin animé "Achille Talon", par exemple). Voilà toute la différence, à mon avis, entre l’enfant qui, ne jugeant pas avoir tout vu, a encore le goût de l’inconnu et l’adulte qui s’arqueboute sur un corpus figé de connaissances !

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dimanche 27 novembre 2011 à 14h05 - par  The Mocking Bird

Ce n’est pas tant le fait d’être adulte ou enfant, obtus ou ouvert d’esprit. Je n’ai rien contre le fait de prendre des libertés par rapport à l’œuvre originale. Certains de mes films préférés sont des adaptations qui ont su prendre une certaine distance avec l’œuvre adaptée. Mais si les changements sont moins bons que l’idée de départ, j’ai le droit de ne pas apprécier. Et la dernière partie du Secret de la Licorne de Spielberg c’est tellement rocambolesque que ça en est limite ridicule. Et je n’ai même pas parlé d’un des plus grand clichés de l’histoire du cinéma américain, juste derrière "Je suis ton père" : Le petit fillot qui vient venger son ancêtre...

Sans compter le regret de ne pas avoir vu Tournesol, ni le requin sous-marin...

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dimanche 27 novembre 2011 à 17h33 - par  ceduma

Trop de liberté peut tuer ! Et made in USA achève !
Et bien c’est le cas de ce film !
J’ai été franchement déçue ! A deux doigts de quitter la salle !
N’y courrez pas, vous courez un risque !